La Papauté – L’Église au Quatrième Siècle

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Temporellement exaltée — moralement déchue

 

L’ambition des évêques du IVe siècle « d’affirmer le gouvernement comme une sorte de souveraineté pour eux-mêmes » les conduisit, comme nous l’avons vu la semaine dernière, à flatter Constantin en le déclarant le nouveau Moïse venu délivrer l’Église de la servitude et instaurer une théocratie sur la terre, dans laquelle les évêques devaient être les interprètes de la volonté divine.

Cette adulation n’est pas restée sans réponse de la part de Constantin. Il s’unit étroitement aux évêques et, à son tour, les flatta. Eusèbe dit :

L’empereur avait aussi l’habitude d’inviter personnellement la société des ministres de Dieu, qu’il distinguait avec le plus grand respect et les plus grands honneurs, les traitant dans tous les sens comme des fils consacrés au service de Dieu. En conséquence, ils étaient admis à sa table, bien que mesquins dans leur tenue et leur apparence extérieure, mais pas dans son estime, car il ne jugeait pas de leur extérieur tel que le voyait le commun des mortels, mais croyait discerner en eux quelque chose du caractère de Dieu lui-même.

Cela fonctionnait de façon charmante. Dans tout l’empire, les évêques de la cour travaillaient dans l’intérêt de Constantin ; et comme il ne restait plus que Licinius entre Constantin et sa position tant désirée d’empereur unique et de dirigeant absolu, les évêques et leurs fidèles politiques priaient contre Licinius et pour Constantin.

Comme ces « évêques à l’esprit mondain, dit Neander, au lieu de se préoccuper du salut de leurs ouailles, étaient souvent trop enclins à voyager et à s’empêtrer dans des préoccupations mondaines », Licinius tenta d’y mettre fin. Pour les empêcher de se mêler des affaires politiques de ses dominions, il interdit aux évêques de se réunir ou de passer de leurs diocèses à d’autres. Cela n’avait pour effet que de rendre l’évêque plus actif, car les actes de Licinius pouvaient être considérés comme des persécutions.

Licinius alla ensuite jusqu’à écarter de toute fonction publique quiconque ne sacrifiait pas aux dieux, et la frontière fut rapidement tracée une fois de plus dans cette domination en faveur du paganisme. Le parti de Constantin devint alors plus audacieux, et non seulement ils prièrent pour Constantin contre Linicius, mais ils commencèrent à inventer des visions dans lesquelles ils prétendaient voir les « légions de Constantin », dit Neander, « défiler victorieusement dans les rues à midi. »

Ces décrets de Linicius fournirent au nouveau Moïse l’occasion de conquérir les païens dans le désert, de prendre possession de la terre promise et d’établir pleinement la nouvelle théocratie. La guerre fut déclarée, et Constantin, avec le labarum à la tête de son armée, reprit sa marche vers la domination de Licinius.

Un autre pas était maintenant franchi dans la progression de l’idée théocratique, et de l’idée et de l’imitation de l’original Moïse. On se souvient qu’après le passage de la mer Rouge, Moïse avait érigé un tabernacle et l’avait dressé à l’écart du camp, où il allait consulter le Seigneur et recevoir ce que le Seigneur avait à donner comme commandement à Israël. Constantin, pour soutenir son rôle dans ce projet d’une nouvelle théocratie, et pour se conformer autant que possible au plan théocratique des évêques, érigea également un tabernacle, et le dressa à une distance considérable de son camp. C’est dans ce tabernacle qu’il se rendait et qu’il prétendait avoir des visions et des communications du Seigneur, et recevoir des instructions concernant les combats qu’il devait livrer à Licinius.

Il poussa bientôt cette pratique un peu plus loin, et fournit un tabernacle à chaque légion, avec des prêtres et des diacres, ainsi qu’un autre tabernacle construit en forme d’église, « afin que si lui ou son armée étaient conduits dans le désert », dit Sozomène, « ils puissent avoir un édifice sacré dans lequel louer et adorer Dieu, et participer aux mystères. Les prêtres et les diacres suivaient la tente dans le but d’y officier, selon la loi et les règlements de l’Église. »

Tel était l’établissement originel des aumôneries d’État. Et il est juste de remarquer que le système, partout où il a été copié, a toujours été digne de l’imposture originelle.

L’issue de la guerre entre Constantin et Linicius à exécuter fut la défaite et le meurtre subséquent de ce dernier. Et lorsque, en violation du serment solennel qu’il avait fait à sa sœur Constantia, Constantin fit exécuter Linicius, l’évêque-courtisan Eusèbe justifia la méchante transaction comme étant l’exécution légale de la volonté de Dieu sur l’ennemi de Dieu.

Lorsque Constantin alla prendre son siège de président au Concile de Nice, ses flatteurs théocratiques feignirent d’être éblouis par sa splendeur, comme si un ange de Dieu était descendu tout droit du ciel, et Eusèbe, qui était assis à la droite de Constantin ce jour-là, témoigne ainsi :

Et maintenant, tous se levaient au signal qui indiquait l’entrée de l’empereur, enfin lui-même, avançait au milieu de l’assemblée comme quelque céleste messager de Dieu.

Constantin, pour soutenir son rôle dans la farce, déclara ouvertement au concile que « les crimes des prêtres ne doivent pas être connus de la multitude, de peur qu’ils ne deviennent une occasion d’offense ou de péché », et déclara qu’il protégerait lui-même un évêque qui commettrait un crime, de peur que quelqu’un ne soit témoin du péché et ne soit blessé par le mauvais exemple.

Et lorsque le concile fut clos et que le credo pour lequel ils s’étaient réunis fut établi, il envoya une lettre à « l’Église catholique des Alexandrins », dans laquelle il annonçait que les conclusions auxquelles le concile était parvenu étaient inspirées par le Saint-Esprit et ne pouvaient être que la volonté divine concernant la doctrine de Dieu.

Après la fin du concile, il donna un banquet en l’honneur de la vingtième année de son règne, auquel il invita les évêques et le clergé qui avaient assisté au concile. Les évêques répondirent en prétendant que cela semblait l’image même du royaume du Christ. Au banquet, « l’empereur présidait lui-même et, au fur et à mesure que la fête avançait, il appelait à lui les évêques les uns après les autres et les comblait de cadeaux en proportion de leurs mérites. » Cela réjouit tellement les évêques que l’un d’entre eux, Jacques de Nisibe, membre de cette tribu de moines qui vivaient habituellement d’herbe, broutant comme des bœufs, fut porté à une telle hauteur qu’il déclara avoir vu des anges se tenir autour de l’empereur. Constantin, pour ne pas être en reste, vit des anges autour de Jacques, et le déclara l’un des trois piliers du monde. Il dit : « Il y a trois piliers du monde : Antoine en Égypte, Nicolas de Myre, Jacques en Assyrie. »

Constantin lui-même apparaissait occasionnellement dans le rôle de prédicateur, et « à ces occasions, une invitation générale était lancée, et des milliers de personnes se rendaient au palais pour entendre un empereur devenu prédicateur ». Ils étaient prêts, sur les places fortes, à répondre par des applaudissements. Parfois, il attaquait ses courtisans pour leur rapacité et leur mondanité en général, et eux, le comprenant parfaitement, l’acclamaient bruyamment pour sa prédication, et continuaient de la même manière à imiter ses actions.

Lorsque sa mère lui envoya de Jérusalem les clous de la « vraie croix » avec l’instruction d’en utiliser certains comme mors de bride pour son cheval de guerre, cela fut considéré par ses adulateurs comme une preuve supplémentaire de l’avènement du royaume de Dieu ; car cela fut considéré comme l’accomplissement de « la prophétie du prophète Zacharie, “que ce qui est sur les brides des chevaux sera la sainteté du Seigneur tout-puissant”. Et lorsqu’il nomma ses fils et ses neveux Césars à une part de l’autorité gouvernementale, il s’agissait de l’accomplissement de la prophétie de Dan. 5 : 17, « Mais les saints du Souverain recevront le royaume éternellement, et jusqu’au siècle des siècles. »

On pourrait donner d’autres exemples de cette cajolerie mutuelle, mais l’espace ne le permet pas. Après la mort de Constantin, Eusèbe, que Néander décrit comme « l’un des meilleurs évêques de la cour de Constantin », fit semblant d’hésiter et se demanda si ce ne serait pas commettre un gros sacrilège que de tenter d’écrire sa vie, et quand il l’écrivit, il ne put le comparer qu’au Sauveur lui-même.

Selon les faits impartiaux de l’histoire, Constantin apparaît au monde comme un hypocrite confirmé et constant, un parjure, et plusieurs fois un meurtrier, sa propre famille n’échappant pas à sa jalousie sanguinaire. Et pourtant, cet évêque, sachant tout cela, n’a pas hésité à le déclarer le favori spécial de Dieu ; à l’assimiler à Jésus-Christ ; à le faire endosser par Dieu à la race humaine comme un exemple de piété.

Quand l’un des meilleurs évêques de sa cour, celui qui connaissait tout le cours de sa mauvaise vie, pouvait voir dans la vie et les actions d’un tel homme, un Moïse et le royaume de Dieu, quand dans une telle vie cela pouvait être vu par l’un des meilleurs évêques, nous ne pouvons que nous demander avec étonnement ce qui ne pouvait pas être vu par le pire des évêques !

Peut-on se demander, ou toute personne raisonnable peut-elle contester, que d’un tel mélange composé de tels évêques et d’un tel caractère, vienne le mystère de l’iniquité dans toute sa hideuse énormité.

C’est ainsi que l’Église s’est prostituée au monde au début du quatrième siècle. Et c’est ainsi, en se montrant rebelle au Seigneur et en s’attirant les faveurs de princes corrompus, que l’évêque de Rome a finalement été exalté à cet endroit où il est décrit comme étant assis « dans le temple de Dieu, se montrant qu’il est Dieu ».

Cet article provient du 27 Février 1896 de Present Truth ayant comme titre : « The Papacy, The Church in the Fourth Century ».

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